| |
1995
Naissance de Natty Dread. Devant nos quelques
dizaines d’exemplaires étalés
sur la moquette, la fierté nous monte
au front. Comme on se croit malins, on affuble
le premier exemplaire du N°3, histoire de
faire bien. Le dessinateur Alteau nous a fait
un dessin original pour notre couverture. On
met un peu de temps à se l’avouer
: l’esprit ne colle pas au contenu…
Un beau matin, on retire les fanzines des boutiques
spécialisées où ils sont
en vente au prix d’un 45 Tours (25 Francs)
avant de les remettre dans le circuit avec une
nouvelle première page : Johnny Clarke
priant sur fond beige.
Curieusement,
les premiers numéros se sont vendus.
On a pris ça pour un encouragement. Au
départ, l’idée était
de traduire des chansons. Mais sur un simple
coup de fil, on décroche soudain une
interview avec Culture. Cette première
rencontre est un choc. Surtout que nous intégrons
du même coup le milieu magique des médias.
Il y a notamment ce journaliste, négligemment
assis dans le canapé de l’hôtel.
Il se penche vers nous : « Samedi, Ijahman
sera là. Vous voulez le numéro
de téléphone du type qui le fait
venir pour organiser une interview ? »
Un choc, on vous dit.
Réunion
au sommet devant les photocopies des photos
de Culture et d’Ijahman. L’avis
est unanime : c’est crade. Que faire ?
Le type qui fait nos photocopies nous aime bien,
il nous fait un prix sur les « photocopies
laser ». On triomphe. Mais le prix de
revient est ridiculement élevé.
Autant le faire imprimer, lâche un décideur.
1997
Octobre. Le regard fixe de Burning Spear en
couverture de Natty Dread. En noir et blanc,
certes. Mais imprimé professionnellement
! La liesse est à son comble. Sans compter
le scoop annoncé en couverture : l’interview
de Luciano que nous sommes les seuls à
avoir fait. Oui, un vrai bonheur… Jusqu’à
la question fatidique : « C’est
normal, ça ? »
- Quoi ?
- Bah ça : Interview Eclusive de Luciano.
Il manquerait pas un « X » pour
faire Exclusive ? »
Le moral s’effondre.
1999
Finalement, on est bien accueilli par les maisons
de disques parce qu’il existe peu de médias
qui s’intéressent au reggae. Sauf
lorsque Buju Banton débarque en France
après la sortie de son album Inna Heights.
Du coup, nous sommes privés d’interview
: trop de demandes, faut faire des choix, nous
dit-on. Obstinés, nous repérons
l’hôtel de Buju, l’interpellons
à sa descente d’autocar et obtenons
le premier de ses entretiens. Apparaissant en
couverture du N°5, Gargamel donne un coup
de fouet à Natty Dread qui augmente fortement
ses ventes, conquérant de nouveaux lecteurs.
Notre réseau de distribution est national.
Des tas de petits carnets de comptabilité
surgissent, se cornent puis se perdent. On écoule
environ un millier d’exemplaires par numéro.
Et on passe presque autant de coups de fil pour
gérer le dépôt-vente avec
les aimables boutiques qui mettent notre prose
à disposition du public. L’argent
coule à flots, des tas de filles défilent
dans les locaux spacieux de Natty Dread et on
pense même, dans un moment de folie, à
s’acheter un Tampon encreur à l’effigie
de notre revue.
1999
Encore un matin pour rien… La boîte
aux lettres reste obstinément vide. Aucune
commande suite à la distribution de 10
000 fliers sur Anthony B. (dont traduction de
Fire Pon Rome) au plus grand festival reggae
de France. Bizarre… Finalement, retour
chez nous, devant les 1 000 exemplaires du N°8
qu’on a spécialement fait retirer
pour répondre à cette demande
qu’on imaginait incommensurable. Qu’est-ce
qu’on va faire de tous ces cartons ?
1999
Un message, sur le répondeur. Quelque
chose comme : « Rappelez-moi, il y a un
voyage en Jamaïque à la clé…
» Deux mois plus tard, Capleton fait le
signe bobo en couverture du Dread ‘zine
n°9 ! La photo sur laquelle il trône
au milieu de la David House est si puissante
qu’elle nous force à financer les
premières pages couleur de notre histoire.
Quatre en tout, qu’annonce fièrement
un macaron en première page. De Lille
à Marseille, cette photo apparaît
dans quasiment toutes les boutiques. Ce numéro
se vend comme jamais, on est obligé d’en
retirer ! Parce que, cette fois-ci, on a préféré
être prudents. Y en a marre de tous ces
cartons entassés partout.
2000
Des centaines de concerts, des dizaines d’interviews
et des millions de coups de téléphone
plus tard, Natty Dread get weary... Après
10 numéros semi-professionnels, l’heure
est aux évidences : on passe beaucoup
trop de temps sur ce fanzine. Désormais,
il faudra en vivre… ou arrêter.
Poussés par le succès du N°9,
nous décidons de tenter notre chance.
Et, en juin 2000, les kiosques à journaux
sont pris d’assaut par une nouvelle revue
imprimée à plusieurs dizaines
de milliers d’exemplaires et distribuée
par les NMPP : Natty Dread. Un « N°1
» de plus dans sa longue carrière
de « N°1 ».
Août
2000
Les chiffres de vente tombent… joie et
bonheur ! Nous n’aurons pas à fuir
la France pour échapper à nos
créanciers. Natty Dread vient de prendre
vie au niveau professionnel. La tendance se
confirme avec les N° suivants et, dès
la sixième parution, nous sommes même
en mesure d’ajouter un Cd sampler à
chaque nouvelle parution. Aujourd’hui,
après 5 ans et 31 numéros (revue
bimestrielle, éditée tous les
deux mois), tendant toujours à présenter
cette musique dans une optique socio-culturelle
qui lui fait souvent défaut, Natty Dread
continue sa route par le biais de ce site internet,
simple extension de ses pages papier.
|
|